Stage en production à la Brasserie du Jugement Dernier

La cuve d’eau chaude au dessus des fermenteurs de la Brasserie du Jugement Dernier

J’ai été accueilli la première quinzaine d’Octobre par Patrick Soquet, maître brasseur de la Brasserie du Jugement Dernier, à L’Anglard dans l’Allier. La brasserie se trouve a côté de l’aile du château où il vit avec sa famille. Le château du XVe siècle dispose d’une chapelle peinte à l’époque médiévale. La fresque, très bien conservée, représente des scènes du jugement dernier, ce qui a donné son nom à la brasserie. Les démons illustrent les étiquettes des bières. La salle de brassage à été installée dans les anciens communs du château.

Le château de L’Anglard
Du purgatoire aux enfers avec ses démons. Scène du jugement dernier de La Chapelle du château de L’Anglard

J’ai souhaité réaliser ce stage dans cette brasserie pour plusieurs raisons. La première est sa taille modeste qui est un argument pour mon premier pas dans le monde du brassage professionnel. Si je devais monter une brasserie je m’orienterai vers quelque chose de cette taille. Des brassins de 1 à 1,2 hectos, un brassage manuel, 5 fermenteurs et une chauffe au feu de bois à 60%. Le deuxième argument et la démarche Biologique labellisée Nature et Progrès. J’ai déjà évoqué la chauffe au feu de bois, mais je pense également à l’utilisation de malts biologiques locaux de la Malterie des Volcans. L’utilisation autant que faire se peut de houblons locaux. Une utilisation raisonnée de l’eau, un système de lavage créé par Patrick Soquet permet de limiter la consommation d’eau à trois litres pour un litre de bière produit.

Ce stage de 15 jours, est conventionné par Pôle Emploi dans le cadre de mon projet de reconversion professionnel. Je cherche à réaliser trois stages à minima pour ensuite faire le diplôme universitaire d’opérateur de brasserie de l’Université de La Rochelle. Au programme de ce stage brassage, enfûtage, maintenance, mise en bouteille, visite de la Malterie des Volcans, brassage d’une bière test pour un festival, calibration de la sonde pH, test de densité, nettoyage du labo, de la salle de brassage, de la salle de fermentation, des fermenteurs, etc. Le stage s’est très bien passé. J’ai continué à apprendre beaucoup de choses grâce à Patrick et à sa pédagogie mais également tout seul grâce au savoir faire acquis au cours de mes années de brassage amateur (voir l’article sur le sujet ici).

La Malterie des Volcans en Auvergne
Remplissage du moulin à malt et discussion sur les travaux d’amélioration à apporter à ce poste avec le brasseur
Récupération des drêches après brassage
Etiquetage des bouteilles automatisé. La machine est capricieuse et les réglages doivent être fins pour ne pas que les étiquettes soient plissées
le remplissage des bouteilles en contre-pression. Un bon dosage de la contre pression permet d’éviter que la bière ne gush avant le capsulage des bouteilles.
Capsulage automatisé des bouteilles sur la chaine d’embouteillage
Bras robots récupérant les bouteilles avant de le mettre sur le tapis rotatif pour conditionnement
Mise en fût manuelle d’une bière. Vérifier la quantité de bière remplie, nettoyer l’opercule, surveiller la clarté de la bière. Un poste répétitif, sportif mais qui n’empêche pas de devoir rester attentif !
L’embouteilleuse nettoyée et aseptisée au « repos »
Nettoyage automatisé d’un fermenteur après avoir passé l’intérieur au Kärcher, nettoyé et aseptisé la robinetterie. La machine (conçue et construite par Patrick Soquet) permet également de nettoyer l’embouteilleuse et les fûts. Cette machine fonctionne en circuit fermé avec un bac de soude chauffé et un bac d’acide peracétique chauffé également. Un circuit d’eau permet également le rinçage sous pression entre les différentes étapes de nettoyage
Le barboteur d’un fermenteur isobare en plein travail. Au delà de la pression de CO2 voulu pour la carbonatation de la bière, le trop plein de gaz produit par la fermentation s’échappe par ce système aussi appelé lanterne de bullage par les brasseurs de Météor en Alsace.
La brasserie de test pour élaborer et tester les nouvelles recettes du brasseur.
Une petite unité automatisé par le brasseurPatrick Soquet pour optimiser le travail.

Rénovation d’une maison

J’ai rénové la maison de ma mère. Des copains sont venus m’aider pour l’électricité, l’enduit du salon et la plomberie mais globalement on a tout fait tous seuls ma mère et moi.

Le tableau électrique avant
Le tableau électrique après
La cuisine (de jour) avant
La cuisine (de nuit) après
Le salon avant
Le salon pendant les travaux
La sale de bain avant
La douche avant
La sale de bains en cours de travaux. La pièce à été coupée en deux et une chambre à été rajouté côté fenêtre.

Parcours de brasseur

Du brassage amateur à la production professionnelle

Récupération des drêches après brassage en autonomie d’une bière bonde. Stage à la Brasserie du Jugement Dernier chez Patrick Soquet, octobre 2022. Les drêches sont récupérées par des éleveurs pour le nourrissage des animaux.

Tout à commencé à Mayotte en 2011 où, avec mon meilleur ami Luc, nous avons fait une bière à partir d’un concentré de malt. Le fermenter à été à partir d’une bonbonne de fontaine à eau. La fermentation a eu lieux, mais les températures tropicales trop élevées ont produit une bière de piètre qualité.

Qu’à cela ne tienne, l’expérience nous a plu et nous recommencerons. Notre objectif est de boire de bonnes bières, de qualité, à un prix raisonnable. Le tarif de la bière est élevé en outre mer. Une logique environnementale nous anime également. Pourquoi importer 90% d’eau alors qu’elle ne manque pas sous les tropiques.

Après moultes pérégrinations, nous créons à La Réunion en 2018 la Brasserie du Cyclone (le nom à été trouvé lors du premier brassin durant le cyclone FAKIR qui s’abat brutalement sur la Réunion et qui nous retient à la maison). L’aventure prend forme. Nous fabriquons tout notre matériel au fur et à mesure jusqu’à atteindre un volume de 70 litres par brassin. Nous ne vendrons pas notre bière mais la consommerons avec nos amis et en produirons pour différentes occasions (anniversaires, mariages, enterrements, fêtes de fin d’année). Nous produirons des Ale, des IPA, des bières de type Abbaye et tout ce que nous voudrons au fil de nos envies.

La brasserie était installée chez moi et les frigos trafiqués en enceintes thermostatées se sont accumulées dans le salon. Je remercie encore Marine ma coloc pour sa patience et ses conseils avisés de goûteuse privilégiée.

Notre premier moulin. Depuis remplacé et automatisé
Un des premiers embouteillage. Pas très pro…pre… La bière s’appèlera la Fakir, comme le cyclone qui m’a donné beaucoup de travail (je travail dans le domaine de l’eau)
La première cuve de brassage
Déballage de la cuve de 70 litres. Je l’ai ramenée dans mes bagages, l’hôtesse été bien intriguée au moment de l’enregistrement de mes bagages…
Les amis prennent la pause pendant la filtration des drêches. On voit que le salon est bien envahi par le matériel et un nouveau frigo pointe son nez au fonds de la pièce.
On est méticuleux même si on avait pas encore notre refroidisseur à plaque.

On va produire plus de mille litres de bières en 4 ans. Les amis sont fans et n’arrêtent pas de nous proposer d’acheter de nos breuvages. On travail tous les deux comme ingénieurs et ne sommes pas encore prêt à devenir pros. Pas grave on s’amuse, apprends plein de choses et on revoit des principes de bio, de physique et de chimie qui deviennent concrets. Réaction de Maillard, oxydation, loi des gaz parfaits, réaction enzymatique, etc.

Des amis s’y mettent. On les forme sur leur matériel.

Brassage chez Sarah et François avec leur matos Brewferm. On utilise l’eau de la piscine pour refroidir le mout (écolo mais pas trop). Sarah est enceinte, on appèlera la bière la Post Partum…

Luc et moi avons sympathisé avec Marcel, un gîteur de Mafate, le cirque de La Réunion où on ne peut se rendre qu’a pieds. Marcel regrette de devoir faire venir de la bière par hélicoptère pour ses clients. Il est curieux de notre passion de brasseur amateur. On en parle. On se fait des promesses et puis… plus rien. C’est Luc qui relance le projet après la crise sanitaire et qui organise le premier brassage à Mafate. On est suivi par Frank Cellier, un journaliste du Quotidien de La Réunion qui trouve le projet intéressant pour ses aspects sportifs, environnementaux et de camaraderie. On est accompagnés par Patrick notre pote brasseur (beau frère de Luc, créateur de la Brasserie du Jugement Dernier, mais pas que…) chez qui Marcel s’est rendu en métropôle pour découvrir une brasserie écolo (bio et Nature & Progrès) après avoir fait une formation à l’institut français des boissons de la brasserie et de la malterie (IFBM). Un article sur le projet est disponible via ce lien. On brasse, on met en bouteille, on re-brasse et on passe le flambeau et une partie de notre matériel.

Marcel, le premier brasseur de Mafate sous le regard complice de Michelle (la belle sont des mots qui vont très bien ensembles) . Au feu de bois, à domicile, avec l’eau de la source, du malt ramené à dos d’homme et bientôt du houblon local !
Un travail d’équipe ! Moi je ne fais pas grand chose mais la température c’est quand même vachement important !
Toute la bande se retrouve souvent pour goûter les breuvages de Marcel. Que de bons moments !

En 2021, j’ai 40 ans. Ma mère à perdu son compagnon et je décide de mettre entre parenthèse mon travail pour retourner en métropole lui filer un coup de main pour pour des projets divers. Au programme travaux, déménagement, famille, aventures et bien entendu bières ! j’achète une brasserie mobile et un van pour mener la vie de gypsy brewer. Je vais brasser avec mon père, ma grand-mère (pour faire une bière pour ses 90 ans) et plein d’autres. Je brasse chez moi et partout ou je serais invité. Je vais aussi rencontrer un communauté de brasseurs qui m’accueillera comme : « le brasseur des tropiques ».

J’ai fait brasser ma grand-mère paternelle. Solange 90 ans ! J’ai fait la recette en suivant ses goûts et recommandations : « Fait moi un truc qui tartine pas trop. Quelque chose de cool pour l’apéro. Ensuite on va boire du vin et manger des tartes flambées. Ça fait un an qu’on est bloqués par cette crise sanitaire qui nous emme…, on va se faire plaisir pour mon anniv ! On finira la bière avec le dessert. Du coup, ça serait bien une petite blanche bien maltée avec un bon houblon aromatique !« 
Résultat dans une cuve isobarométrique qui n’emportera pas le succès escompté (pas la bière, la cuve, rapport prix/avantage/fonctionnalité).
Mais la bière de froment fut bonne quand même et la fête fut… épique.
Comme rien ne se perds, tout se transforme, on a mis le reste en bouteille avec mes neveux. Bon, on en avait pas brassé qu’une. On avait également brassé avec mon père. Deux ou trois petits trucs sympas. Lui qui est fan de bière depuis tellement longtemps et qui m’a initié aux breuvages maltés, c’était impossible de passer à côté. Il était tellement fan, qu’il a demandé une brasserie pour Noël. Pour faire… du Whisky…

Tout ça c’est quand même fatiguant. Du coup entre le mois d’aout et les vendanges je suis parti en Europe de l’Est pour voir comment ça se passait.

J’ai bien aimé la Pilsner Urquel !
Vue q’on pouvait faire pousser du Pandanus (espèce tropicale) dans la brasserie Budwar (bien meilleur que la Pilsner Urquel et que la Budweiser américaine qui lui a volé son nom éhontément!)
Au Strasbourg Craft Beer Festival 2021, devant le stand de Perle avec Armelle une amie brasseuse. Egalement membre de l’association Buveuses de Bières, qui a pour vocation de rassembler et de créer du lien entre les femmes et les minorités autour de la dégustation de bière et de la découverte de la biérologie
Puis, j’ai brasée une petite IPA pour les vendangeurs
Tout le monde a bien aimé. Pas que la bière visiblement…
Chez Cantillon à Bruxelles avant le salon des brasseurs amateurs. Toujours avec Armelle et Thomas son compagnon. Brasseur amateur lui aussi !
Chez les cousins Cörnes avec leur délicieuse Moonshine une impérial Stout barrique délicieuse au festival Homebrewers organisé à Bruxelles en novembre 2021. Merci encore Geoffrey pour l’invitation, c’était super intéressant !
J’ai continué à brasser
Dans une Abbaye pour des copains. On a fait une bière d’abbaye et puis… une bonne bière 😉
On a bien rigolé
On a pas vue le temps passer
L’histoire de mon père à propos du Whisky avait l’air sérieuse. Je ne voulais pas le décevoir. Je suis parti en écosse pour travailler un peu mon style et surtout mon whisky.
J’étais chez Colin (en photo avec moi), le distillateur du Whisky Blair Athol. C’est devenu mon meilleur copain d’écosse. Je précise la région pour Luc (mon ami brasseur de La Réunion, de Mayotte, des Seychelles, de Madagascar, de Belgique et d’ailleurs qui reste mon meilleur ami mais qui est un peu jaloux)
Globalement ils font de la bière. Comme chez nous.
C’est après que ça se complique. Mais j’ai quand même plutôt bien compris bien que ça ne soit pas évident. Alors plus tard quand je suis rentré en France, je n’ai pas été surpris quand mon père m’a raconté ses déboires chez le bouilleur de cru avec ses brassins pour le whisky…
Petite aparté. Tim, l’ami Anglais qui nous a accueilli en Ecosse a vécu 10 ans au Kenya. Du coup on parle en Swahili tous les deux. Personne ne nous comprends. C’est drôle. Du coup, il m’a offert une Tusker (la bière kényane) dans les Highland, avant de passer la nuit dans un refuge et de pêcher la truite à la mouche le lendemain pour le petit dej

L’été 2022 arrive enfin. Je rejoins les amis de La Réunion de passage en Métropole à la Brasserie du Jugement Dernier. On va donner un coup de main à Patrick qui a beaucoup de travail avec les festivals qui battent le plein et qui lui commandent des grandes quantités de bières. Au programme brassage avec Luc sous la supervision de Patrick, enfûtage et petits travaux de maintenance.

Avec Luc devant la cuve d’ébullition de la brasserie du Jugement Dernier. On change de taille de marmite.
Le moulin à malt
Empâtage manuel. Patrick souhaitait garder un contact avec sa bière et n’a pas voulu motoriser sa cuve de brassage.
Wirlpool manuel. C’est du sport !
Récupération des drêches bio pour les animaux d’une ferme du coin.

Je me rends ensuite chez mon père pour brasser une bière pour le mariage de ma cousine sur sa brasserie Polsinelli 100 litres. On brasse une base de Ale qui sera enfutée en soda keg en partie, vieillie en fut d’eau de vie de prune, mise en bouteille et fermentée en fut isobarométrique avec houblonnage à cru pour le Mariage.

Le cabanon de la brasserie de mon père (que j’ai aidé à construire) dans le jardin.
La brasserie vue de l’intérieur
Le fermenteur cylindro conique et son heureux propriétaire à la cave.

Après les vendanges en Alsace en Septembre, je retourne à la Brasserie du Jugement Dernier les 15 premiers jours d’octobre pour un stage conventionné par Pôle Emploi dans le cadre de mon projet de reconversion professionnel. Je cherche à réaliser trois stages à minima pour ensuite faire le diplôme universitaire d’opérateur de brasserie de l’Université de La Rochelle. Au programme de ce stage brassage, enfûtage, maintenance, mise en bouteille, visite de la Malterie des Volcans, brassage d’une bière test pour un festival, Calibration de la sonde pH, test de densité, nettoyage du labo, de la salle de brassage, de la salle de fermentation, des fermenteurs, etc. Le stage s’est très bien passé. J’ai continué à apprendre beaucoup de choses grâce à Patrick et à sa pédagogie mais également tout seul grâce à mon autonomie.

Remplissage du moulin, cette fois-ci avec les EPI ad-hoc !
Brasserie test pour élaborer les recettes et les tester
Mise en fût.
Petit aperçu de la brasserie du Jugement Dernier

La brasserie du Jugement Dernier se trouvant pas très loin de chez mon père j’en ai profité pour lui rendre visite et pour brasser un mout pour l’élaboration de son Whisky.

Brassage d’un mout en famille

Tout un cirque pour de la bière

Un article de presse (Le Quotidien de La Réunion du 7 septembre 2020 rédigé par Franck CELLIER) sur Marcel, Patrick (Brasserie du Jugement Dernier), Luc et moi. On a non seulement brassé la première bière de Mafate (un cirque de l’île de La Réunion), mais on a aussi passé le flambeau (et pas mal de notre matériel) à Marcel pour qu’il produise sa bière localement et n’ai plus besoin de s’approvisionner par hélicoptère.

Les dernières grandes découvertes archéologiques à Mayotte : pour en savoir plus sur nos origines et notre histoire

Au Moyen Âge, la civilisation arabo-musulmane a éclairé le monde en matière de navigation, de commerce, de culture et d’artisanat. Les dernières campagnes de fouilles archéologiques menées à Mayotte entre 2012 et 2014 ont complètement changé la vision qu’on avait de l’île à cette période avec la découverte de preuves supplémentaires de l’appartenance de ses habitants à cette civilisation.

Le site de Dembéni, un comptoir de commerce riche et prospère

Fouilles des strates de dépôts de Dembéni (photo Edouard Jacquot)

Les pionniers de l’archéologie comme Claude Alibert et Henri Daniel Liszkowski avaient déjà mis en évidence la prospérité de Mayotte à l’époque médiévale. Ce sont des vaisselles en céramique et en pierre, originaires de Madagascar, d’Afrique, du Moyen-Orient et même d’Asie, retrouvées notamment sur le site de Dembéni, qui les ont orientés sur cette piste. Ils pensaient alors que la richesse de ce comptoir du IXe au XIIe siècle, reposait sur le travail du fer.

En août 2013 et 2014, deux nouvelles campagnes de fouilles ont lieu à Dembéni. Les éléments découverts remettent en question la théorie précédente et laissent penser à une production métallurgique modeste répondant essentiellement aux besoins locaux d’outils et d’hameçons. « Les restes de poissons de grande taille retrouvés sur le site témoignent de techniques de pêche déjà très abouties », explique Halima Ali-Toybou, une étudiante en archéologie spécialisée en archéozoologie. « Quand j’ai appris que des fouilles avaient lieu sur mon île, j’ai tenu à rejoindre l’équipe. Ce fut une expérience très enrichissante pour moi et qui a permis de contribuer à la connaissance de l’histoire de Mayotte ».

Halima Ali-Toybou sur le chantier de fouilles de Dembéni (photo Stéphane Pradines)

L’équipe de fouilles constituée de 12 personnes est dirigée par l’archéologue Stéphane Pradines, un spécialiste de la civilisation musulmane et plus particulièrement de la culture swahilie qui rayonnait sur la côte est de l’Afrique au Moyen Âge. Ils sont soutenus et aidés par la Direction des affaires culturelles (DAC) de la Préfecture de Mayotte, du Conseil général et par l’association des Naturalistes. Cette opération va mettre à jour de très nombreux fragments de cristal de roche originaire de Madagascar. Des éclats avaient déjà été découverts sur le site auparavant sans qu’une véritable interprétation n’ait pu en être faite jusque là.

Fragments de cristaux de roche retrouvés à Dembéni (photo Stéphane Pradines)

Stéphane Pradines a également eu l’occasion de travailler sur la période fatimide qui s’étend du Xe au XIIe siècle. C’est à cette époque que sont produits de nombreux objets en cristal de roche par des artisans persans et égyptiens. C’est le cas de certaines aiguières (fines carafes) conservées aujourd’hui dans les musées les plus prestigieux du globe. A partir de la nature et du nombre important de fragments de cristal de roche exhumés sur le site, l’archéologue émet une hypothèse. C’est à Dembéni qu’une partie des blocs bruts provenant de Madagascar étaient préformés et débarrassés de leurs impuretés. Ils étaient exportés puis vendus à des commerçants arabes, juifs ou perses avant d’être ciselés par les plus fins tailleurs de cristal de l’époque. Ils ont donné naissance à des pièces remarquables. Très prisées, certaines furent même christianisées, en témoignent celles conservées au sein du trésor sacré de la basilique Saint-Marc de Venise. Ainsi, des objets d’art parmi les plus beaux et les plus précieux de l’époque médiévale trouvent peut-être une origine à Mayotte.

Aiguière à décor d’oiseaux musée du Louvre (photo libre de droits Wikipédia)

« Le plus important ce n’est pas forcément l’objet découvert mais l’interprétation qui en est faite. Des éléments qui pouvaient sembler anodins sont revisités et livrent alors toute leur importance. Ce qui est extraordinaire c’est que cette hypothèse a permis de relier concrètement Mayotte au commerce florissant de l’Océan Indien de la période médiévale et au patrimoine archéologique d’une vaste partie de l’ancien monde », s’enthousiasme Édouard Jacquot, le conservateur du patrimoine de la DAC qui coordonne les opérations archéologiques à Mayotte.

Antsiraka Boira, la nécropole d’Acoua

Afin de comprendre l’origine des habitants de Mayotte de l’époque, il a fallu faire appel à l’anthropologie funéraire. « Cette science étudie les squelettes humains, la position dans laquelle ils sont enterrés, les objets présents et l’aménagement de la sépulture », explique Marine Ferrandis, archéologue à la DAC.

Fouille d’une scépulture d’Antsiraka Boira (photo Martial Pauly)

D’après la vaisselle d’importation et les perles découvertes sur le site d’Antsiraka Boira, cette zone funéraire peut être datée entre les années 1100 et 1250. Elle se situe à l’extérieur du village d’Acoua occupé à la même époque. Les rituels mis au jour trouvent quatre parallèles principaux. Un premier avec les populations non musulmanes d’Afrique australe où des sépultures contenant des perles indo-pacifiques ont également été découvertes.

Les perles du pagne Antsiraka Boira (photo Martial Pauly)

Un deuxième parallèle est fait avec les populations malgaches à travers la présence de vases et de récipients aux pieds des défunts. Ces rites sont décrits à la nécropole de Vohémar dans le nord-est et sur la côte orientale de Madagascar. La troisième origine relie les défunts au monde austronésien par l’usage possible d’un cercueil en bois en forme de pirogue. « La position des corps tournés vers la Mecque rappelle quant à elle de rites musulmans. Ces quatre éléments sont le reflet du syncrétisme culturel de la population mahoraise de l’époque », argumente Marine Ferrandis. « Ce qui est atypique à Antsiraka Boira, c’est la présence de mobilier funéraire (colliers et pagnes brodés de perles, coquillages, céramiques remplies de gravillon corallien) proscrits dans le rite musulman. L’hypothèse que nous envisageons est que la nécropole d’Antsiraka Boira est un site témoin de la rencontre des cultures austronésienne (ou proto-malgache) et bantoue, puis de la conversion à l’Islam de ces groupes ethniques à travers les contacts commerciaux entretenus avec les marins swahilis », complète Martial Pauly, doctorant à l’Institut National des Langues et Civilisations Orientales, responsable des campagnes de fouilles d’Acoua en partenariat avec la DAC de la Préfecture et du Conseil départemental et avec le support de la SHAM (Société d’Histoire et d’Archéologie de Mayotte).

Urne funéraire remplie de dépôts coraliens (photo Martial Pauly)

Jusqu’au début du XIIIe siècle, le mode de vie de cette population est tourné vers la mer. Les offrandes retrouvées dans les tombes comme les poids de filets de pêche et les grands coquillages tels que le lambis ou le bénitier étayent cette hypothèse. Les fouilles des dépotoirs datant de cette époque ont également confirmé cette exploitation des ressources marines et également une activité agro-pastorale. La population cultivait peut-être le riz, le taro, la banane et élevait quelques chèvres et moutons.

Les ossements de zébus n’apparaissent dans les couches archéologiques qu’au XIIe siècle et ne deviennent importants qu’à partir du XIIIe. C’est le signe de la généralisation de son élevage grâce à l’introduction de cet animal par les marins islamisés qui les acheminaient depuis l’Inde.

Agnala M’kiri, le village médiévale d’Acoua

Au début des années 1200 un changement radical de la structuration et de la culture intervient avec la généralisation de l’élevage du zébu et des constructions maçonnées d’influence swahilie. Ainsi à l’emplacement de l’actuel village d’Acoua, au lieu-dit Agnala M’kiri, est édifiée une petite mosquée et un enclos villageois maçonné. Outre un éventuel rôle défensif, ce dernier sert surtout d’enclos à bestiaux. Mise en évidence par les fouilles, une porte permet de contrôler l’entrée et la sortie du cheptel. Le sol est recouvert de grandes dalles qui résistent au passage du troupeau. Désormais une élite islamisée de culture swahilie s’affirme et la société se hiérarchise davantage. Cela se confirme à du XIVe siècle avec l’apparition d’un quartier aristocratique. Son évolution aboutit au XVe siècle à l’apparition de grandes demeures en pierre organisées autour d’une cour centrale. Ces demeures possédaient une salle d’honneur avec des bancs maçonnés (baraza), une enfilade de pièces et un réduit équipé d’une fosse de latrines.

Agnala M’kiri, porte de l’enclos villageois (2012 photo Martial Pauly)

« Une donnée importante a été révélée par la fouille du quartier des notables d’Agnala M’kiri: la salle d’honneur au baraza qui y a été découverte, évoque un lieu d’exercice du pouvoir, tout comme les places publiques aux Comores. Ici, elle relève d’un espace privé. On peut donc en conclure qu’au XVe siècle, un clan s’est accaparé le pouvoir à l’échelle villageoise. Il s’agit probablement de la mise en place d’un pouvoir local de type chefferie », développe Martial Pauly.

Agnala M’kiri, aperçu de la fouille du quartier des notables (photo Martial Pauly)

Hormis les perles, les importations à Acoua sont moins nombreuses que sur les sites de la période de Dembéni. Certains y ont vu les signes d’un déclin, alors que cette période se traduit par un essor démographique et la fondation de nombreux villages. « Nous pensons que le rôle tenu par Mayotte dans les échanges régionaux a changé au XIIe siècle. Avec le développement de comptoirs musulmans à Madagascar, Mayotte fut réduite au seul rôle d’approvisionnement des navires. Les perles étaient alors une monnaie d’échange très prisée », illustre l’archéologue de la SHAM. Par la suite, il est fort probable que les notables d’Acoua, participent eux même aux échanges entre Madagascar et l’Afrique swahilie. On imagine de la vaisselle chinoise et des tissus indiens troqués contre du riz et des rabanes de Madagascar, voire des esclaves originaires des hauts plateaux.

Collier de cou reconstitué nécopole d’acoua (photo Martial Pauly)

Après un déclin amorcé au XVe siècle, le site d’Agnala M’kiri est définitivement abandonné au XVIIe. La tradition orale attribue cela à une guerre entre le chef d’Acoua et celui de Mtsamboro. Ces rivalités, alors très courantes dans l’archipel, ont permis d’établir la domination de Mtsamboro puis d’un sultanat à Mayotte.

Des recherches à poursuivre, à approfondir et à valoriser

Pour continuer ces investigations, il faut maintenir le cadre qui permet aux chercheurs de faire leur travail dans des conditions satisfaisantes mais aussi exigeantes. « C’est en cela que la DAC de Mayotte intervient. Elle mobilise les budgets nécessaires à l’avancée des programmes de recherches, elle fournit du matériel, réunit les équipes, assure l’encadrement administratif et le contrôle scientifique et technique des opérations, explique Edouard Jacquot. Notre action s’est également orientée vers la valorisation de ces découvertes auprès du grand public grâce à des expositions, des publications et des mallettes pédagogiques. Un effort particulier est réalisé auprès des enfants qui sont un relais privilégié de ces travaux et qui seront les archéologues et les décideurs de demain ».

Mallette pédagogique les perles de Mayotte

Le site d’Antsiraka Boira n’a certainement pas livré tous ses secrets. « Il serait intéressant d’élargir le périmètre de fouilles sur ce site ce qui pourrait permettre d’améliorer notre connaissance de la société mahoraise du XIe-XIIe siècle. Antsiraka Boira n’est certainement pas le seul témoin de cette période mais offre, grâce à l’excellente conservation des vestiges, un fort potentiel archéologique dans un cadre encore relativement préservé de l’urbanisation », conclut Martial Pauly.

Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur… les fruits et légumes de Mayotte

Pourquoi les oranges sont vertes ? Comment expliquer que les tomates soient aussi chères en saison des pluies ? Combien y a t’il de sortes de Bananes ? Pour répondre à ces questions, Touskibouge vous emmène à la découverte de la filière maraichère et fruitière de l’île.

Un très bel exemple d-agroforesterie mêlant cultures traditionelles et maraichères-photo Luc Vanhuffel
Paysage agroforestier mahorais (Photo Luc Vanhuffel)

Un paysage agricole varié, témoin des modes de culture entre tradition et modernité

La majeure partie des fruits et légumes que nous trouvons sur les marchés proviennent de Mayotte. De manière générale les deux productions, entre tradition et modernité, se portent assez bien. « Grâce à cela, pendant les grèves de 2016, on a pu continuer à se nourrir » s’enthousiasme Luc Vanhuffel, encien ingénieur en production maraichère à la Chambre d’Agriculture (CAPAM).

En matière de production fruitière, il n’y a pas à proprement parler de verger. Les arbres fruitiers sont disparates dans un système agro forestier étager, mêlant arbres, bananes, tubercules et légumes. L’amélioration des pratiques de taille, l’irrigation, la diversification des variétés permettra de développer l’offre fruitière. C’est dans ce sens que la Chambre d’Agriculture, le Conseil Départementale et la Direction de l’Agriculture accompagnent les agriculteurs.

Un très bel exemple d'agroforesterie à Dzoumogné associant grands arbres- bananiers-ambrévades et patates douces-photo Luc Vanhuffel
Ambiance agroforestière dans le nord de l’île (Photo Luc Vanhuffel)

Il y a deux types de production de légumes à Mayotte : l’agriculture vivrière qui désigne la culture de féculent comme les bananes ou le manioc et la production maraîchère qui concerne les concombres, les tomates et les brèdes.

Une filière jeune qui tend à se développer entre tradition et modernité

Si Mohamed Ahamed a un poste de fonctionnaire dans l’éducation à l’environnement, il cultive aussi une parcelle à Combani. « C’était le champ de mon père que nous nous sommes partagés entre frères et sœurs. L’agriculture, c’était son métier ! Il nous y a initié dès le plus jeune âge. Je continu à travailler la terre avec ma femme et mes enfants, explique ce passionné. Nous produisons essentiellement du manioc mais aussi des avocats, des oranges, des mangues, des bananes et du songe. » L’essentiel de la production est consommée par la famille. « Ce que l’on trouve sur les marchés provient d’agriculteurs qui ont plus de terres que moi, explique-t’il. Moi je vends très peu et directement à des particuliers. J’ai un giroflier mais ça c’est pour les amis. On se fait un. petit moussada et hop. On a des carafou (clous de girofle) pour deux ou trois générations»

Mohmed Ahmed atelé à la construction d'une compostière Photo Léonard Durasnel
Mohamed Ahamed construisant un composteur sur sa parcelle (Photo Léonard Durasnel)

Mohamed Ahamed voulait faire de l’agriculture son métier. Il a été découragé par les difficultés que cela représentait. Aujourd’hui, avec son frère éleveur, ils ont pour projet de pérenniser leur activité, l’un en production animale et l’autre en production fruitière. « J’aimerai mettre en place une ferme pédagogique. Il y a un vrai besoin à Mayotte. Dans mon métier d’animateur, j’ai encore assisté, il y a quelque temps, à la surprise de collégiens qui découvraient la récolte du manioc. L’un d’eux pensait même que cela poussait dans un arbre. Mon objectif serait de faire découvrir et valoriser l’agriculture et la nature aux jeunes. Mon terrain s’y prête bien avec la proximité de la forêt et de la piste de Combani. »

Mohamed Ahmed au cours d'une action d'éducation à l'environnement et de découverte de la nature auprès des jeunes de Bouéni-photo Léonard Durasnel
Mohamed Ahamed en forêt primaire a l’occasion d’une séance d’éducation à l’environnement (Photo Léonard Durasnel)

Laurent Guichaoua est un agriculteur professionnel installé à Boudraguéla. Il travail avec sa femme et deux salariés. « Sur les 4 hectares que je loue, seulement 2 sont exploitables à cause de la topographie. La production est essentiellement légumière sous abri (tomates, concombres, choux, salades). Nous avons installé 3000 mètres carrés de tunnels maraîchers dont un tiers est exploité en hors sol. » Il produit également des fruits de plein champs (papaye, ananas). Son exploitation est moderne et mécanisée. Ce choix atypique dans le paysage mahorais s’explique par la capacité de cet exploitants a monter des dossiers d’aide pour acquérir du matériel, à avancer les fonds et à la connaissance de l’agronomie.

Laurent Guichaoua aux commandes de son tracteur et aidé par un ami pour la récolte des papayes-photo Carole Develter
Cueillette atypique de la papaye (sans foufourche) Photo Carole Develter

Toute sa production est apportée à la Coopérative des Agriculteurs du Centre (COOPAC). C’est elle qui se charge ensuite de vendre les produits en gros (grande distribution, armée, restaurants) et au détail dans un magasin de Kawéni. Ce regroupement de professionnels permet de proposer une plus grande diversité de produits qu’en bord de route. « Vu la très grande demande en fruits et légumes sur le marché les deux système coexistent très bien » explique l’agriculteur. Le problème réside avec les importations occasionnelles qui peuvent faire concurrence à ce qui est produit sur le territoire. Il faudrait qu’elles tiennent compte des plannings de production. »

Faire partie d’une coopérative permet de s’entendre sur la nature et le volume des productions. « On réalise des économies d’échelle et on peut proposer des produits à un prix intéressant » explique Laurent Guichaoua.

Le climat mahorais, un frein pour l’agriculture ?

Le climat de Mayotte peut faire penser qu’il est possible d’y produire des fruits et de légumes toute l’année. C’est le cas pour la végétation adapté mais pas pour les espèces originaires des zones tempérées. Pour Luc Vanhuffel, les contraintes sont nombreuses : « Les températures sont très élevées, et les écarts jour/nuit sont peu importants. Les oranges ont besoin de fraîcheur nocturne pour obtenir leur couleur. En l’absence de froid, à maturité elles restent vertes. La durée d’ensoleillement journalière varie très peu au cours de l’année. Cela à un effet sur la croissance et la floraison de certains végétaux. En saison des pluies, les précipitations intenses détruisent les plantes fragiles comme les salades. La forte couverture nuageuse bloque la lumière. C’est un problème pour le melon qui a besoin de beaucoup de soleil. La saison sèche est très marquée ce qui implique des moyens d’irrigation important. D’autres territoires au climat semblables (Madagascar, la Réunion) offrent plus de fraicheur en altitude, cela permet de cultiver des fruits et légumes que le relief de Mayotte ne permet pas. A une température de 32° le pollen du poivron est stérile et à 30° la laitue ne pousse pas. »

Un calendrier saisonnier qui détermine l’offre

La faible diversité d’espèce explique que l’offre soit localisée dans le temps. Ce n’est pas le cas des bananes. Avec plusieurs dizaines de variétés, les fructifications ont lieu toute l’année. Faire pousser des plantes de zones tempérées comme les tomates en plein champ est extrêmement difficile pendant l’été austral. L’offre diminue à ce moment de l’année et les prix augmentent considérablement. « Il est possible de continuer à produire sous abris, explique l’ingénieur de la CAPAM. Leurs rôle est de protéger les légumes de la pluie, mais la température est élevée en dessous. Malgré ces dispositifs, le choux fleur et le poireaux, ne peuvent être produit en saison des pluies. »

Luc Vanhuffel lors d'une journée technique pour les producteurs-photo Luc Vanhuffel
Culture sous abri de choux pommelés (Photo de Luc Vanhuffel

Un milieu propice aux maladies et aux ravageurs

L’été, il y a une forte pression de maladies comme le mildiou, l’oïdium et la cercosporiose. « Certaines peuvent détruire l’intégralité de la production d’un exploitant » résume Luc Vanhuffel. Parmi les plus dévastatrices, la bactérie Ralstonia solanacearum qui touche principalement les solanacées (tomates, aubergines, poivrons). Elle se multiplie dans les vaisseaux des plantes et bloque l’alimentation hydrique jusqu’à provoquer son flétrissement total.

Les agresseurs comme les pucerons, les cochenilles et les chenilles sont également nombreux. L’un des plus ravageur est la mouche des fruits et des légumes. « Elle attaque plutôt en saison sèche les tomates et les cucurbitacées, constate l’ingénieur agronome qui suit de près ce ravageur. Les dégâts peuvent être vraiment conséquents ».

Accouplement de mouche des fruits et légumes et dégats causés par les piqures sur des tomates de Mayotte-Photo Luc Vanhuffel
Une tomate « piquée » par la mouche des fruits (Photo Luc Vanhuffel)

A ces contraintes prédominantes s’ajoutent une longue liste de problèmes limitant le développement de l’agriculture mahoraise et l’offre sur les marchés.

Le foncier et la topographie au cœur du débat

Le cadastre est toujours en cours d’actualisation. Le prix des terrains agricoles est très élevé. A cela s’ajoute des contraintes physiques. « Le relief accidenté rend difficile la mécanisation des parcelles et oblige le travail manuel, un facteur important de pénibilité » précise Luc Vanhuffel. L’explosion urbaine accélère le mitage des terres arables. Les agriculteurs vivement rarement sur leurs exploitations et les vols sont fréquents. « Il y a deux ans je me suis fait dérober mon système d’irrigation, explique Mohamed Ahamed. Je dois en racheter un pour reprendre le maraîchage mais cela coûte cher ».

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Luc Vanhuffel affairé au réglage d’un aspersseur (Photo Luc Vanhuffel)

Des infrastructures et des équipements pas assez développés et couteux

« A Mayotte, il y a un manque d’infrastructures agricoles important, nous confie Laurent Guichaoua. Le réseau d’irrigation, de voirie et d’électricité rural est peu développé. Un agriculteur qui s’installe doit tout mettre en place et cela représente des investissements importants. » Souvent, les champs sont très éloignés des réseaux routiers. Cela pose des problèmes pour le transport des marchandises et l’acheminement du matériel. « Ma parcelle est accessible par un véhicule, ce qui rend possible mon projet de développement. C’est un aménagement que nous avons financé mon frère et moi. Des aides sont possibles mais le montage des dossiers est complexe et cela peut prendre pas mal de temps » explique Mohamed Ahamed.

La compagne de Laurent guichaoua inspectant une parcelle de fruits et légumes de plein champ-photo Carole Develter
Une parcelle mécanisée de l’exploitation de Valérie et Laurent Guichaoua (Photo Carole Develter)

Des contraintes réglementaires qui s’ajoutent au statut encore flou d’agriculteur

à Mayotte, les exploitants n’ont pas droit à la sécurité sociale, à la retraite et ne peuvent pas bénéficier d’assurances. « Le statut d’agriculteur évolue mais lentement. Les salaires sont bas. On comprend que la situation n’encourage pas les jeunes à se lancer » explique Laurent Guichaoua.

« La réglementation en vigueur à Mayotte est souvent mal adaptée au territoire et difficile d’accès. Heureusement des structures existent pour accompagner les agriculteur », expose Luc Vanhuffel.

La qualité de la production : bio, raisonné, conventionnelle ?

Les agriculteurs rencontrés, mettent en place une véritable démarche de qualité. En plus d’être une obligation avec des contrôle fréquents, c’est leur volonté. De manière générale, l’agriculture mahoraise est peu utilisatrice de fongicides, d’insecticides ou d’engrais. Seule 20 % de la production est concernée par l’utilisation de produits. C’est le cas des bananes, du manioc et de la majorité des fruits. Les traitements sont utilisés principalement en culture maraichère. C’est une production à cycle court et à vocation commerciale. Cela explique le soucis des producteurs à son égard. « Les résultats des analyses effectuées sur les légumes répondent majoritairement aux exigences et ne présentent pas de dépassement des limites tolérées de résidus, explique l’agronome de la CAPAM. Mais comme une grande partie de la production est informelle, elle est difficilement contrôlable. Toutefois, les analyses d’eau des rivière des bassins de production maraichers n’ont révélées aucunes traces de résidus de pesticides » rassure l’ex agent de la CAPAM. Il conseil simplement de laver à l’eau les fruits et légumes avant de les consommer.

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Un bel exemple d’agroforesterie (Photo Luc Vanhuffel)

Malgré les difficultés, l’agriculture se développe à Mayotte et génère de plus en plus d’emplois. Elle est vitale pour limiter sa dépendance à l’approvisionnement extérieur. « La demande fait qu’il faut continuer à encourager la production d’espèces de milieux tempérés. Parallèlement il faut promouvoir les espèces adaptées au climat. Celles-ci sont nombreuses et proposent des goûts très intéressantes », conclu Luc Vanhuffel.

Paysages Réunionnais

Petite vue de l’enclos du volcan de l’île de la Réunion. Les coulées de laves sont blanchies par les lichens qui les colonisent. Première étape de pédogénisation (formation des sols) avant la colonisation des coulées de laves par les plantes pionnières.

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Mo Hai Ba Yo ! (Santé en vietnamien)

La question essentielle. Quelles bière est la meilleure au Vietnam. Au risque du péril de ma vie, j’en ai goûté quelques une avec un pote vietnamien Mo Dhé Ration !

C’est la Bia Saigon Spécial qui remporte la palme d’Humulus lupulus !

Cheers

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