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Les dernières grandes découvertes archéologiques à Mayotte : pour en savoir plus sur nos origines et notre histoire

Au Moyen Âge, la civilisation arabo-musulmane a éclairé le monde en matière de navigation, de commerce, de culture et d’artisanat. Les dernières campagnes de fouilles archéologiques menées à Mayotte entre 2012 et 2014 ont complètement changé la vision qu’on avait de l’île à cette période avec la découverte de preuves supplémentaires de l’appartenance de ses habitants à cette civilisation.

Le site de Dembéni, un comptoir de commerce riche et prospère

Fouilles des strates de dépôts de Dembéni (photo Edouard Jacquot)

Les pionniers de l’archéologie comme Claude Alibert et Henri Daniel Liszkowski avaient déjà mis en évidence la prospérité de Mayotte à l’époque médiévale. Ce sont des vaisselles en céramique et en pierre, originaires de Madagascar, d’Afrique, du Moyen-Orient et même d’Asie, retrouvées notamment sur le site de Dembéni, qui les ont orientés sur cette piste. Ils pensaient alors que la richesse de ce comptoir du IXe au XIIe siècle, reposait sur le travail du fer.

En août 2013 et 2014, deux nouvelles campagnes de fouilles ont lieu à Dembéni. Les éléments découverts remettent en question la théorie précédente et laissent penser à une production métallurgique modeste répondant essentiellement aux besoins locaux d’outils et d’hameçons. « Les restes de poissons de grande taille retrouvés sur le site témoignent de techniques de pêche déjà très abouties », explique Halima Ali-Toybou, une étudiante en archéologie spécialisée en archéozoologie. « Quand j’ai appris que des fouilles avaient lieu sur mon île, j’ai tenu à rejoindre l’équipe. Ce fut une expérience très enrichissante pour moi et qui a permis de contribuer à la connaissance de l’histoire de Mayotte ».

Halima Ali-Toybou sur le chantier de fouilles de Dembéni (photo Stéphane Pradines)

L’équipe de fouilles constituée de 12 personnes est dirigée par l’archéologue Stéphane Pradines, un spécialiste de la civilisation musulmane et plus particulièrement de la culture swahilie qui rayonnait sur la côte est de l’Afrique au Moyen Âge. Ils sont soutenus et aidés par la Direction des affaires culturelles (DAC) de la Préfecture de Mayotte, du Conseil général et par l’association des Naturalistes. Cette opération va mettre à jour de très nombreux fragments de cristal de roche originaire de Madagascar. Des éclats avaient déjà été découverts sur le site auparavant sans qu’une véritable interprétation n’ait pu en être faite jusque là.

Fragments de cristaux de roche retrouvés à Dembéni (photo Stéphane Pradines)

Stéphane Pradines a également eu l’occasion de travailler sur la période fatimide qui s’étend du Xe au XIIe siècle. C’est à cette époque que sont produits de nombreux objets en cristal de roche par des artisans persans et égyptiens. C’est le cas de certaines aiguières (fines carafes) conservées aujourd’hui dans les musées les plus prestigieux du globe. A partir de la nature et du nombre important de fragments de cristal de roche exhumés sur le site, l’archéologue émet une hypothèse. C’est à Dembéni qu’une partie des blocs bruts provenant de Madagascar étaient préformés et débarrassés de leurs impuretés. Ils étaient exportés puis vendus à des commerçants arabes, juifs ou perses avant d’être ciselés par les plus fins tailleurs de cristal de l’époque. Ils ont donné naissance à des pièces remarquables. Très prisées, certaines furent même christianisées, en témoignent celles conservées au sein du trésor sacré de la basilique Saint-Marc de Venise. Ainsi, des objets d’art parmi les plus beaux et les plus précieux de l’époque médiévale trouvent peut-être une origine à Mayotte.

Aiguière à décor d’oiseaux musée du Louvre (photo libre de droits Wikipédia)

« Le plus important ce n’est pas forcément l’objet découvert mais l’interprétation qui en est faite. Des éléments qui pouvaient sembler anodins sont revisités et livrent alors toute leur importance. Ce qui est extraordinaire c’est que cette hypothèse a permis de relier concrètement Mayotte au commerce florissant de l’Océan Indien de la période médiévale et au patrimoine archéologique d’une vaste partie de l’ancien monde », s’enthousiasme Édouard Jacquot, le conservateur du patrimoine de la DAC qui coordonne les opérations archéologiques à Mayotte.

Antsiraka Boira, la nécropole d’Acoua

Afin de comprendre l’origine des habitants de Mayotte de l’époque, il a fallu faire appel à l’anthropologie funéraire. « Cette science étudie les squelettes humains, la position dans laquelle ils sont enterrés, les objets présents et l’aménagement de la sépulture », explique Marine Ferrandis, archéologue à la DAC.

Fouille d’une scépulture d’Antsiraka Boira (photo Martial Pauly)

D’après la vaisselle d’importation et les perles découvertes sur le site d’Antsiraka Boira, cette zone funéraire peut être datée entre les années 1100 et 1250. Elle se situe à l’extérieur du village d’Acoua occupé à la même époque. Les rituels mis au jour trouvent quatre parallèles principaux. Un premier avec les populations non musulmanes d’Afrique australe où des sépultures contenant des perles indo-pacifiques ont également été découvertes.

Les perles du pagne Antsiraka Boira (photo Martial Pauly)

Un deuxième parallèle est fait avec les populations malgaches à travers la présence de vases et de récipients aux pieds des défunts. Ces rites sont décrits à la nécropole de Vohémar dans le nord-est et sur la côte orientale de Madagascar. La troisième origine relie les défunts au monde austronésien par l’usage possible d’un cercueil en bois en forme de pirogue. « La position des corps tournés vers la Mecque rappelle quant à elle de rites musulmans. Ces quatre éléments sont le reflet du syncrétisme culturel de la population mahoraise de l’époque », argumente Marine Ferrandis. « Ce qui est atypique à Antsiraka Boira, c’est la présence de mobilier funéraire (colliers et pagnes brodés de perles, coquillages, céramiques remplies de gravillon corallien) proscrits dans le rite musulman. L’hypothèse que nous envisageons est que la nécropole d’Antsiraka Boira est un site témoin de la rencontre des cultures austronésienne (ou proto-malgache) et bantoue, puis de la conversion à l’Islam de ces groupes ethniques à travers les contacts commerciaux entretenus avec les marins swahilis », complète Martial Pauly, doctorant à l’Institut National des Langues et Civilisations Orientales, responsable des campagnes de fouilles d’Acoua en partenariat avec la DAC de la Préfecture et du Conseil départemental et avec le support de la SHAM (Société d’Histoire et d’Archéologie de Mayotte).

Urne funéraire remplie de dépôts coraliens (photo Martial Pauly)

Jusqu’au début du XIIIe siècle, le mode de vie de cette population est tourné vers la mer. Les offrandes retrouvées dans les tombes comme les poids de filets de pêche et les grands coquillages tels que le lambis ou le bénitier étayent cette hypothèse. Les fouilles des dépotoirs datant de cette époque ont également confirmé cette exploitation des ressources marines et également une activité agro-pastorale. La population cultivait peut-être le riz, le taro, la banane et élevait quelques chèvres et moutons.

Les ossements de zébus n’apparaissent dans les couches archéologiques qu’au XIIe siècle et ne deviennent importants qu’à partir du XIIIe. C’est le signe de la généralisation de son élevage grâce à l’introduction de cet animal par les marins islamisés qui les acheminaient depuis l’Inde.

Agnala M’kiri, le village médiévale d’Acoua

Au début des années 1200 un changement radical de la structuration et de la culture intervient avec la généralisation de l’élevage du zébu et des constructions maçonnées d’influence swahilie. Ainsi à l’emplacement de l’actuel village d’Acoua, au lieu-dit Agnala M’kiri, est édifiée une petite mosquée et un enclos villageois maçonné. Outre un éventuel rôle défensif, ce dernier sert surtout d’enclos à bestiaux. Mise en évidence par les fouilles, une porte permet de contrôler l’entrée et la sortie du cheptel. Le sol est recouvert de grandes dalles qui résistent au passage du troupeau. Désormais une élite islamisée de culture swahilie s’affirme et la société se hiérarchise davantage. Cela se confirme à du XIVe siècle avec l’apparition d’un quartier aristocratique. Son évolution aboutit au XVe siècle à l’apparition de grandes demeures en pierre organisées autour d’une cour centrale. Ces demeures possédaient une salle d’honneur avec des bancs maçonnés (baraza), une enfilade de pièces et un réduit équipé d’une fosse de latrines.

Agnala M’kiri, porte de l’enclos villageois (2012 photo Martial Pauly)

« Une donnée importante a été révélée par la fouille du quartier des notables d’Agnala M’kiri: la salle d’honneur au baraza qui y a été découverte, évoque un lieu d’exercice du pouvoir, tout comme les places publiques aux Comores. Ici, elle relève d’un espace privé. On peut donc en conclure qu’au XVe siècle, un clan s’est accaparé le pouvoir à l’échelle villageoise. Il s’agit probablement de la mise en place d’un pouvoir local de type chefferie », développe Martial Pauly.

Agnala M’kiri, aperçu de la fouille du quartier des notables (photo Martial Pauly)

Hormis les perles, les importations à Acoua sont moins nombreuses que sur les sites de la période de Dembéni. Certains y ont vu les signes d’un déclin, alors que cette période se traduit par un essor démographique et la fondation de nombreux villages. « Nous pensons que le rôle tenu par Mayotte dans les échanges régionaux a changé au XIIe siècle. Avec le développement de comptoirs musulmans à Madagascar, Mayotte fut réduite au seul rôle d’approvisionnement des navires. Les perles étaient alors une monnaie d’échange très prisée », illustre l’archéologue de la SHAM. Par la suite, il est fort probable que les notables d’Acoua, participent eux même aux échanges entre Madagascar et l’Afrique swahilie. On imagine de la vaisselle chinoise et des tissus indiens troqués contre du riz et des rabanes de Madagascar, voire des esclaves originaires des hauts plateaux.

Collier de cou reconstitué nécopole d’acoua (photo Martial Pauly)

Après un déclin amorcé au XVe siècle, le site d’Agnala M’kiri est définitivement abandonné au XVIIe. La tradition orale attribue cela à une guerre entre le chef d’Acoua et celui de Mtsamboro. Ces rivalités, alors très courantes dans l’archipel, ont permis d’établir la domination de Mtsamboro puis d’un sultanat à Mayotte.

Des recherches à poursuivre, à approfondir et à valoriser

Pour continuer ces investigations, il faut maintenir le cadre qui permet aux chercheurs de faire leur travail dans des conditions satisfaisantes mais aussi exigeantes. « C’est en cela que la DAC de Mayotte intervient. Elle mobilise les budgets nécessaires à l’avancée des programmes de recherches, elle fournit du matériel, réunit les équipes, assure l’encadrement administratif et le contrôle scientifique et technique des opérations, explique Edouard Jacquot. Notre action s’est également orientée vers la valorisation de ces découvertes auprès du grand public grâce à des expositions, des publications et des mallettes pédagogiques. Un effort particulier est réalisé auprès des enfants qui sont un relais privilégié de ces travaux et qui seront les archéologues et les décideurs de demain ».

Mallette pédagogique les perles de Mayotte

Le site d’Antsiraka Boira n’a certainement pas livré tous ses secrets. « Il serait intéressant d’élargir le périmètre de fouilles sur ce site ce qui pourrait permettre d’améliorer notre connaissance de la société mahoraise du XIe-XIIe siècle. Antsiraka Boira n’est certainement pas le seul témoin de cette période mais offre, grâce à l’excellente conservation des vestiges, un fort potentiel archéologique dans un cadre encore relativement préservé de l’urbanisation », conclut Martial Pauly.

Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur… les fruits et légumes de Mayotte

Pourquoi les oranges sont vertes ? Comment expliquer que les tomates soient aussi chères en saison des pluies ? Combien y a t’il de sortes de Bananes ? Pour répondre à ces questions, Touskibouge vous emmène à la découverte de la filière maraichère et fruitière de l’île.

Un très bel exemple d-agroforesterie mêlant cultures traditionelles et maraichères-photo Luc Vanhuffel
Paysage agroforestier mahorais (Photo Luc Vanhuffel)

Un paysage agricole varié, témoin des modes de culture entre tradition et modernité

La majeure partie des fruits et légumes que nous trouvons sur les marchés proviennent de Mayotte. De manière générale les deux productions se portent assez bien. « Grâce à cela, pendant les grèves de 2016, on a pu continuer à se nourrir » s’enthousiasme Luc Vanhuffel, encien ingénieur en production maraichère à la Chambre d’Agriculture (CAPAM).

En matière de production fruitière, il n’y a pas à proprement parler de verger. Les arbres fruitiers sont disparates dans un système agro forestier étager mêlant arbres, bananes, tubercules et légumes. L’amélioration des pratiques de taille, l’irrigation, la diversification des variétés permettra de développer l’offre fruitière. C’est dans ce sens que la CAPAM, le Conseil Départementale et la Direction de l’Agriculture (DAAF) accompagnent les agriculteurs.

Un très bel exemple d'agroforesterie à Dzoumogné associant grands arbres- bananiers-ambrévades et patates douces-photo Luc Vanhuffel
Ambiance agroforestière dans le nord de l’île (Photo Luc Vanhuffel)

Il y a deux types de production de légumes à Mayotte : l’agriculture vivrière qui désigne la culture de féculent comme les bananes ou le manioc et la production maraîchère qui concerne les concombres, les tomates et les brèdes.

Une filière jeune qui tend à se développer entre tradition et modernité

Si Mohamed Ahamed a un poste de fonctionnaire dans l’éducation à l’environnement, il cultive aussi une parcelle à Combani. « C’était le champ de mon père que nous nous sommes partagés entre frères et sœurs. L’agriculture, c’était son métier. Il nous y a initié dès le plus jeune age. Je continu à travailler la terre avec ma femme et mes enfants, explique ce passionné. Nous produisons essentiellement du manioc mais aussi des avocats, des oranges, des mangues, des bananes et du songe. » L’essentiel de la production est consommée par la famille. « Ce que l’on trouve sur les marchés provient d’agriculteurs qui ont plus de terres que moi, explique-t’il. Moi je vends très peu et directement à des particuliers. »

Mohmed Ahmed atelé à la construction d'une compostière Photo Léonard Durasnel
Mohamed Ahamed construisant un composteur sur sa parcelle (Photo Léonard Durasnel)

Mohamed Ahamed voulait faire de l’agriculture son métier. Il a été découragé par les difficultés que cela représentait. Aujourd’hui, avec son frère éleveur, ils ont pour projet de pérenniser leur activité, l’un en production animale et l’autre en production fruitière. « J’aimerai mettre en place une ferme pédagogique. Il y a un vrai besoin à Mayotte. Dans mon métier d’animateur, j’ai encore assisté, il y a quelque temps, à la surprise de collégiens qui découvraient la récolte du manioc. L’un d’eux pensait même que cela poussait dans un arbre. Mon objectif serait de faire découvrir et valoriser l’agriculture et la nature aux jeunes. Mon terrain s’y prête bien avec la proximité de la forêt. »

Mohamed Ahmed au cours d'une action d'éducation à l'environnement et de découverte de la nature auprès des jeunes de Bouéni-photo Léonard Durasnel
Mohamed Ahamed en forêt primaire a l’occasion d’une séance d’éducation à l’environnement (Photo Léonard Durasnel)

Laurent Guichaoua est un agriculteur professionnel installé à Boudraguéla. Il travail avec sa femme et deux salariés. « Sur les 4 hectares que je loue, seulement 2 sont exploitables à cause de la topographie. La production est essentiellement légumière sous abri (tomates, concombres, choux, salades). Nous avons installé 3000 mètres carrés de tunnels maraîchers dont un tiers est exploité en hors sol. » Il produit également des fruits de plein champs (papaye, ananas). Son exploitation est moderne et mécanisée. Ce choix atypique dans le paysage mahorais s’explique par la capacité de cet exploitants a monter des dossiers d’aide pour acquérir du matériel, à avancer les fonds et à la connaissance de l’agronomie.

Laurent Guichaoua aux commandes de son tracteur et aidé par un ami pour la récolte des papayes-photo Carole Develter
Cueillette atypique de la papaye (sans foufourche) Photo Carole Develter

Toute sa production est apportée à la Coopérative des Agriculteurs du Centre (COOPAC). C’est elle qui se charge ensuite de vendre les produits en gros (grande distribution, armée, restaurants) et au détail dans un magasin de Kawéni. Ce regroupement de professionnels permet de proposer une plus grande diversité de produits qu’en bord de route. « Vu la très grande demande en fruits et légumes sur le marché les deux système coexistent très bien » explique l’agriculteur. Le problème réside avec les importations occasionnelles qui peuvent faire concurrence à ce qui est produit sur le territoire. Il faudrait qu’elles tiennent compte des plannings de production. »

Faire partie d’une coopérative permet de s’entendre sur la nature et le volume des productions. « On réalise des économies d’échelle et on peut proposer des produits à un prix intéressant » explique Laurent Guichaoua.

Le climat mahorais, un frein pour l’agriculture ?

Le climat de Mayotte peut faire penser qu’il est possible d’y produire des fruits et de légumes toute l’année. C’est le cas pour la végétation adapté mais pas pour les espèces originaires des zones tempérées. Pour Luc Vanhuffel, les contraintes sont nombreuses : « Les températures sont très élevées, et les écarts jour/nuit sont peu importants. Les oranges ont besoin de fraîcheur nocturne pour obtenir leur couleur. En l’absence de froid, à maturité elles restent vertes. La durée d’ensoleillement journalière varie très peu au cours de l’année. Cela à un effet sur la croissance et la floraison de certains végétaux. En saison des pluies, les précipitations intenses détruisent les plantes fragiles comme les salades. La forte couverture nuageuse bloque la lumière. C’est un problème pour le melon qui a besoin de beaucoup de soleil. La saison sèche est très marquée ce qui implique des moyens d’irrigation important. D’autres territoires au climat semblables (Madagascar, la Réunion) offrent plus de fraicheur en altitude, cela permet de cultiver des fruits et légumes que le relief de Mayotte ne permet pas. A une température de 32° le pollen du poivron est stérile et à 30° la laitue ne pousse pas. »

Un calendrier saisonnier qui détermine l’offre

La faible diversité d’espèce explique que l’offre soit localisée dans le temps. Ce n’est pas le cas des bananes. Avec plusieurs dizaines de variétés, les fructifications ont lieu toute l’année. Faire pousser des plantes de zones tempérées comme les tomates en plein champ est extrêmement difficile pendant l’été austral. L’offre diminue à ce moment de l’année et les prix augmentent considérablement. « Il est possible de continuer à produire sous abris, explique l’ingénieur de la CAPAM. Leurs rôle est de protéger les légumes de la pluie, mais la température est élevée en dessous. Malgré ces dispositifs, le choux fleur et le poireaux, ne peuvent être produit en saison des pluies. »

Luc Vanhuffel lors d'une journée technique pour les producteurs-photo Luc Vanhuffel
Culture sous abri de choux pommelés (Photo de Luc Vanhuffel

Un milieu propice aux maladies et aux ravageurs

L’été, il y a une forte pression de maladies comme le mildiou, l’oïdium et la cercosporiose. « Certaines peuvent détruire l’intégralité de la production d’un exploitant » résume Luc Vanhuffel. Parmi les plus dévastatrices, la bactérie Ralstonia solanacearum qui touche principalement les solanacées (tomates, aubergines, poivrons). Elle se multiplie dans les vaisseaux des plantes et bloque l’alimentation hydrique jusqu’à provoquer son flétrissement total.

Les agresseurs comme les pucerons, les cochenilles et les chenilles sont également nombreux. L’un des plus ravageur est la mouche des fruits et des légumes. « Elle attaque plutôt en saison sèche les tomates et les cucurbitacées, constate l’ingénieur agronome qui suit de près ce ravageur. Les dégâts peuvent être vraiment conséquents ».

Accouplement de mouche des fruits et légumes et dégats causés par les piqures sur des tomates de Mayotte-Photo Luc Vanhuffel
Une tomate « piquée » par la mouche des fruits (Photo Luc Vanhuffel)

A ces contraintes prédominantes s’ajoutent une longue liste de problèmes limitant le développement de l’agriculture mahoraise et l’offre sur les marchés.

Le foncier et la topographie au cœur du débat

Le cadastre est toujours en cours d’actualisation. Le prix des terrains agricoles est très élevé. A cela s’ajoute des contraintes physiques. « Le relief accidenté rend difficile la mécanisation des parcelles et oblige le travail manuel, un facteur important de pénibilité » précise Luc Vanhuffel. L’explosion urbaine accélère le mitage des terres arables. Les agriculteurs vivement rarement sur leurs exploitations et les vols sont fréquents. « Il y a deux ans je me suis fait dérober mon système d’irrigation, explique Mohamed Ahamed. Je dois en racheter un pour reprendre le maraîchage mais cela coûte cher ».

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Luc Vanhuffel affairé au réglage d’un aspersseur (Photo Luc Vanhuffel)

Des infrastructures et des équipements pas assez développés et couteux

« A Mayotte, il y a un manque d’infrastructures agricoles important, nous confie Laurent Guichaoua. Le réseau d’irrigation, de voirie et d’électricité rural est peu développé. Un agriculteur qui s’installe doit tout mettre en place et cela représente des investissements importants. » Souvent, les champs sont très éloignés des réseaux routiers. Cela pose des problèmes pour le transport des marchandises et l’acheminement du matériel. « Ma parcelle est accessible par un véhicule, ce qui rend possible mon projet de développement. C’est un aménagement que nous avons financé mon frère et moi. Des aides sont possibles mais le montage des dossiers est complexe et cela peut prendre pas mal de temps » explique Mohamed Ahamed.

La compagne de Laurent guichaoua inspectant une parcelle de fruits et légumes de plein champ-photo Carole Develter
Une parcelle mécanisée de l’exploitation de Valérie et Laurent Guichaoua (Photo Carole Develter)

Des contraintes réglementaires qui s’ajoutent au statut encore flou d’agriculteur

à Mayotte, les exploitants n’ont pas droit à la sécurité sociale, à la retraite et ne peuvent pas bénéficier d’assurances. « Le statut d’agriculteur évolue mais lentement. Les salaires sont bas. On comprend que la situation n’encourage pas les jeunes à se lancer » explique Laurent Guichaoua.

« La réglementation en vigueur à Mayotte est souvent mal adaptée au territoire et difficile d’accès. Heureusement des structures existent pour accompagner les agriculteur », expose Luc Vanhuffel.

La qualité de la production : bio, raisonné, conventionnelle ?

Les agriculteurs rencontrés, mettent en place une véritable démarche de qualité. En plus d’être une obligation avec des contrôle fréquents, c’est leur volonté. De manière générale, l’agriculture mahoraise est peu utilisatrice de fongicides, d’insecticides ou d’engrais. Seule 20 % de la production est concernée par l’utilisation de produits. C’est le cas des bananes, du manioc et de la majorité des fruits. Les traitements sont utilisés principalement en culture maraichère. C’est une production à cycle court et à vocation commerciale. Cela explique le soucis des producteurs à son égard. « Les résultats des analyses effectuées sur les légumes répondent majoritairement aux exigences et ne présentent pas de dépassement des limites tolérées de résidus, explique l’agronome de la CAPAM. Mais comme une grande partie de la production est informelle, elle est difficilement contrôlable. Toutefois, les analyses d’eau des rivière des bassins de production maraichers n’ont révélées aucunes traces de résidus de pesticides » rassure l’ex agent de la CAPAM. Il conseil simplement de laver à l’eau les fruits et légumes avant de les consommer.

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Un bel exemple d’agroforesterie (Photo Luc Vanhuffel)

Malgré les difficultés, l’agriculture se développe à Mayotte et génère de plus en plus d’emplois. Elle est vitale pour limiter sa dépendance à l’approvisionnement extérieur. « La demande fait qu’il faut continuer à encourager la production d’espèces de milieux tempérés. Parallèlement il faut promouvoir les espèces adaptées au climat. Celles-ci sont nombreuses et proposent des goûts très intéressantes », conclu Luc Vanhuffel.

Dans le genre San Antonio ça s’appel : Pré carré

Pré carré

J’ai 23 ans, pas de fric, sportif, étudiant pas trop mauvais en géopolitique, spécialisé sur les questions africaines, je n’ai pas la moindre idée de ce que je vais faire de ma vie. Un jour, pour rire avec des amis en sortant de cours on se rend dans un bureau de recrutement de l’armée. On rencontre chacun à son tour un officier. Le gars est sympa, on rigole un peu de la situation. J’ai pas spécialement envie de courir dans la boue avec un flingue. Encore moins d’avoir à m’en servir un jour. Ma démarche relève plus de la curiosité que de l’intérêt. On parle de l’Afrique où il a passé un peu de temps. J’ai des idées bien trempées sur l’action de mon pays qui y perdure et avec laquelle je ne suis pas toujours, voire même rarement, d’accord. En sortant je rejoins mes amis au café du coin où on a convenu de se retrouver. Comme à notre habitude, on bois des bières et on refait le monde. Le rendez-vous est assez peu concluent pour tout le monde. C’est le bilan de notre fin d’après midi chez les bidas.

A cette époque je sors avec la sublime Iris. Une très belle jeune femme qui me plait beaucoup. Je l’ai rencontré à la bibliothèque universitaire ou je dévore tout ce qui a trait à l’Afrique. Une amie nous a présenté. Au début je ne l’intéresse pas du tout mais on échange beaucoup et on s’entend bien. Je la recroise quelques temps plus tard alors que j’arbore une sublime moustache en croc, hommage à Dali et Hercules Poirot. On déjeune ensemble et lui demande ce que je dois faire pour sortir avec elle. Elle répond du taco-tac : « coupe ta moustache ». Je la retrouve le lendemain glabre et souriant. Le charme opère. Après quelques jours passionnels, sa peur de l’engagement prend le dessus et elle me quitte autour d’un café au goût amer. Dévasté je rentre chez moi et écoute à fond comme un remède, une bonne partie du répertoire de Jacques Brell. Entre « Ne me quitte pas » et « Mathilde est revenue », le téléphone sonne. Le volume est au maximum et j’ai du mal à entendre mon interlocuteur. Je crois percevoir : « Monsieur Dupont, Colonel Farnez au téléphone ». Pensant qu’il doit s’agir d’un ami au courant de la mauvaise nouvelle et voulant me remonter le morale en me faisant une blague potache, j’éclate de rire. Au ton insistant de mon interlocuteur, je fini par baisser le volume. Quelque peu énervé, il précise que suite à mon entretien récent avec le service de recrutement de l’armée, il souhaite me rencontrer. Sans préciser pourquoi, ce qui pique ma curiosité, il me propose une date et un lieu de rendez-vous. La rencontre doit avoir lieux au Bar Populaire ou j’ai mes habitudes. J’accepte avec l’espoir de me faire rincer à l’oeil. Mon choix est également motivé par la rupture que je subis et une furieuse envie de me changer les idées. Mes potes n’ont pas été contactés et trouvent ça tout aussi étrange que moi. Particulièrement le lieux du rendez-vous. Deux d’entre eux disponible ce jour là, proposent d’y être un peu avant l’heure et de veiller à ce que tout se passe bien. Le jour J, j’entre dans le bar. Mes amis sont là entrain de siroter une mousse. Mon rendez-vous que je dois reconnaître à son tee shirt jaune est assis seul à une table en plein milieu des clients. On est en plein dans un roman d’espionnage. J’adore. L’atmosphère est bruyante. La sono crache un ska suranné. Du Madness il me semble. Je commande une bière et m’installe à la table de mon improbable rendez-vous. La poignée de main est ferme. Le gars a l’air plutôt sympa. La trentaine. Habillé décontracté, il ne ressemble pas à l’idée qu’on se fait d’un militaire. En plus il a la descente plutôt lest. Après les salamalecs d’usage il attaque :

  • Suite à ton entretien, on s’est renseignés sur toi.
  • Qui ça on ?
  • On apprécie ton « profil » d’étudiant bien intégré qui ne fait pas de vagues.
  • Je devrais ?
  • Ton intérêt pour l’Afrique et tes séjours sont aussi les bienvenus.
  • Je n’y suis allé que trois fois !
  • Je sais.

    Piqué au vif par cette connaissance de mon parcours dont je n’avais pas fait état lors de mon entretien, je lui demande de but en blanc :

  • Qu’est ce que tu veux précisément et qui sont ces personnes qui semblent autant s’intéresser à moi ?
  • Il s’agit d’une simple prise de contact, élude t’il. La prochaine fois ça sera sans tes potes.
  • Quels potes ?
  • Ceux qui en sont à leur troisième bière et malgré l’idée brillante de t’accompagner incognito lancent des regards plutôt insistants dans ma direction. Pour la discrétion on repassera.

    Il se lève en souriant et se baisse vers moi pour me dire : « ça pourrait être un expérience intéressante. Pense-y. La prochaine fois, il faudra garder ça pour toi. » Le mec sort du bar sans se retourner. Je fini ma bière. J’ai envie d’en savoir plus. Si ce gars est aussi bien informé, il faut que je la joue profil bas. En commandant une autre bière au zinc, avant de rejoindre mes potes à leur table, je me dis qu’il va falloir ruser. Michel et Thierry trépignent sur leurs sièges.

  • Alors ? Il voulait quoi ?
  • Déception ! C’est juste un recruteur qui se la joue cool et qui recherche de la chair à canon pas trop con pour aller faire des trucs bizarre là ou personne ne veut aller.
  • Tu lui a dit quoi ?
  • Je lui ai dit d’aller se faire foutre !

On éclate de rire et les bières s’enchainent. On reparlera de l’histoire avec le reste de la bande. Je donnerai plus de détails pour broder mais ne dévoilerai rien.

Je rencontre ensuite Stéphanie. Une très belle journaliste. Je me sent bien et croque la vie à pleine dents. Peu de temps après l’avoir rencontré, alors que je rentre de la fac en moto un type s’arrête à côté de moi a un feu rouge. Il roule sur une double cylindre anglaise rutilante et tonitruante. Une Norton. Il me fait un petit signe de la tête comme il est de mise chez les motards. Je réponds à son salut et le feu passe au vert. A l’intersection suivante, le gars est toujours à côté de moi. Il lève sa visière et me demande :

  • Alors t’as réfléchi ?
  • Oh ça, je n’arrête pas. Merci de t’en inquiéter.
  • Petit malin !
  • On fait ce qu’on peut.
  • Je voulais te parler de ta rencontre au Bar Populaire.
  • ?
  • Suis moi !

Le tricolore passe au vert. Il démarre sur les chapeaux de roue. Je bénie ma bonne étoile d’avoir investi pour pouvoir travailler en intérim dans une petite 125 pourrie mais hyper réactive. J’arrive à le suivre tant bien que mal et à me faufiler dans la circulation dense de la ville à la sortie des bureaux. Le mec est un fou furieux. Il roule à tombeaux ouvert. Au bout d’une heure de pseudo course poursuite ou il est obligé de ralentir la cadence de temps en temps, mon deux temps suranné ne dépassant pas le 110 sur l’autoroute, on se retrouve en pleine campagne. Il finit par se garer devant une petite baraque décrépite. Il fait sombre. Je ne suis pas rassuré. Le gars enlève son casque. Il a le sourire jusqu’aux oreilles et dit :

  • Ben dit donc t’en as dans le ventre toi. Elle tire la tronche ta pétoire mais tu tiens la route.
  • Et encore t’as rien vu. Imagine si tu avais été une jolie nana !

On rigole un peu. Enfin, surtout lui. Moi je ne suis pas tout à fait détendu. Il me fait signe de le suivre et on entre dans la maison. On passe par un couloir étroit et obscure. Ca sent la clope froide et le renfermé. Au fond de ce couloir, une porte entrouverte d’ou nous parviennent les accords d’une musique qui en ce lieux paraît irréelle. Je reconnais IAM. J’entre dans une petite pièce précédée par le motard hilare. Deux hommes, la trentaine, sont entrain de taper le carton. Le motocycliste me propose un siège. Il tire deux bières d’une glacière d’un coin de la pièce et m’en tend une. De la Budweiser de Budvar. Autant dire que même si je ne sent pas trop le plan, je vais quand même écouter ce que ces gars ont à me dire. Au moins jusqu’à ce que j’ai fini ma Bud. Les joueurs de cartes finissent leur tour . Ils déposent leurs jeux sur la table et me regardent avec insistance. Au bout de quelques instants, que je vis comme une éternité, l’un deux rompt le silence :

  • Salut Herbert.

Ce gars connait mon prénom.

  • Normalement on recrute plutôt chez les sports études. Mais toi t’es venu à nous on va dire. Tu nous a laissé ton CV et en plus t’as fait marrer le troufion du recrutement. Ton coup l’autre jour avec tes potes au bar était assez culotté aussi. T’es un malin et ça nous plait.
  • Je suis super content de l’apprendre mais là vous me voyez un peu pentois. Je ne sais pas qui vous êtes et ce que vous me voulez.
  • T’as pas à le savoir, réponds le motard. Tout comme nous on va t’oublier.
  • Ce qu’on a à te proposer c’est comme un petit boulot. Comme tes extras en maçonnerie pour te payer tes études, surenchérit le gros balaise en bout de table.
  • Comment vous savez ça ?
  • C’est notre boulot ! On bosse dans les renseignements. Ca te dit quelque chose ?
  • Oui évidement.
  • Tu serais intéressé ?
  • En quoi ça consisterait ?
  • Rien de spécial. Continuer à faire ce que tu fais. Finir tes études et ensuite partir comme tu le souhaites pour bosser à l’étranger.
  • J’ai pas besoin de vous pour ça !
  • On est d’accord. Mais nous on a besoin de toi. De ce que tu vas apprendre, de ce que tu vas voir, de ce que tu vas entendre.

C’est comme ça que j’ai été recruté. C’est là aussi que commence mon histoire. Vous comprendrez aisément pourquoi j’écris ça sous un pseudo, que les noms des protagonistes ont été changés et que je ne cite et ne citerai aucun lieux qui peuvent donner des informations sur ce qui v’a suivre pendant les dix années que dur ce récit.

Apprendre à donner le change

Stéphanie me largue au bout d’une semaine. La série continue… Elle sort d’une longue histoire compliquée. Elle me dit qu’elle était bien avec moi, que mes excentricités la font rire. Je suis ravi de l’apprendre. Mais elle n’est pas prête a s’engager. Elle me dit :

  • Tu sais, ça m’a fait du bien de te rencontrer.
  • Moi aussi. C’est dommage de s’arrêter en si bon chemin.
  • Je ne suis pas prêt. C’est peut être mieux comme ça tu sais. Je ne voudrais pas te faire souffrir.
  • Si tu le dis.
  • J’aimerai bien qu’on restent amis.

L’expression est lancé. Celle là, je vais l’entendre un bon paquet de fois. Moi même, je vais en user un peu, mais bien évidement avec parcimonie. Je retrouve mes potes et on se saoul. Je suis désappointé mais le lendemain c’est les vacances qui commencent. On a deux semaines et je vais pouvoir travailler et gagner un peu d’argent. Je ne suis pas de la région contrairement à mes amis. Ils rentrent tous chez eux et moi je vais aller travailler sur les chantiers. J’ai été recruté par une boite d’intérim mais la mission n’a rien a voir avec la pose de cloisons amovibles dans des bureaux ou la préparation de béton pour des chapes dans des maisons de particuliers. Je vais installer des faux plafonds dans une base aérienne… Je suis ravi. Alors que d’autre vont se la couler douce à se gaver des bons petits plats de maman. Moi je vais turbiner et en ressortir avec pas grand chose si ce n’est de superbes ampoules des muscles endoloris et tout de même un peu d’égo.

Mon agent chez Manpower m’a bien précisé de ne pas oublier ma carte d’identité. J’arrive sur le chantier à Huit heures du matin. Un planton vérifie mon identité sur une liste et me donne un badge pour pénétrer dans l’enceinte. Je dois impérativement conserver mon badge visible et ma carte d’identité sur moi en permanence. Des contrôle peuvent être effectués à tout instant. Je suis ravi de l’apprendre. Je sent que je vais beaucoup m’amuser. Il me file un plan pour me rendre sur les lieux des travaux ou m’attends le chef de chantier. J’erre dans la base quelques temps. Je vois des avions dans des hangars, des camions de pompiers étincelants. Je trouve enfin le lieux de rendez-vous ou attendent deux autres types de mon age. On est tous super bien habillés avec nos bleus de travail, nos chaussure de sécurité et nos casques. La grande classe. Digne d’un défilé de mode Chanel version bâtiment et travaux publics. On discute un peu. On est tous étudiants on bosse pour se payer nos études et on a pas la moindre idée de ce en quoi consiste la pose de faux plafonds ni même de ce que c’est pour être précis. Le chef de chantier se pointe peu de temps après mon arrivée. Il nous regarde avec un petit rictus et dit : « salut les gars ». Ce a quoi on réponds en cœur « bonjour monsieur ». Le « Monsieur » est peut être exagéré mais il semble que, comme moi, les autres gars aient véritablement travaillés sur des chantier et aient eu à se farcir les humeurs d’un responsable farouche, d’autant plus à l’égard d’étudiants qui ne font ça que temporairement. Dans le doute, il vaut mieux arrondir les angles et ménager les susceptibilités. J’ai eu l’occase de me faire virer de chantiers ou de me friter avec des ouvriers. Les mecs sont dur, ne plaisantent pas toujours et quand ils se sentent atteints dans leur honneur ont le coup de truelle ou de tout objet contendant qui leurs tombent sous la main (tournevis, marteau, perceuse et j’en passe) assez vif. Après un « c’est parti » plutôt enjoué on suit le chef de chantier à l’intérieur du bâtiment. Le préfabriqué datant des années 60 est plutôt miteux. Ils se composent de trois grandes pièces sombres ou il nous demande d’entrer chacun à notre tour avec pour seul consigne d’attendre. Dans la mienne il n’y a rien à part un bureau et deux chaises. Pas d’outils, pas d’escabeau, rien de ce que je peux voir habituellement sur un chantier. J’attends patiemment jusqu’à ce que quelqu’un entre dans la pièce.